Dans le 18e arrondissement de Paris, rue Doudeauville, un projet ambitieux de réhabilitation accompagné d’une surélévation a été réalisé sur un immeuble existant, en site occupé.

Cette opération portait à la fois sur la rénovation de 49 logements existants et la création de 12 logements supplémentaires par surélévation, impliquant l’ajout de deux étages de 6 logements sur les trois niveaux existants, avec sous-sol. Adrien Escoffier, ingénieur du bureau d’études structure Betex Concept, explique :
« Les travaux concernaient une surélévation sur un bâtiment présentant des désordres liés à des mouvements de fondation, des tassements de sol. En fait, l’immeuble a été construit sur une épaisse couche de remblais, hétérogène et très sensible à l’eau. Avec le temps, l’ensemble des murs s’est fissuré ». Malgré cette situation, les équipes et le maître d’ouvrage ont fait le choix d’une surélévation en bois, notamment pour des raisons de poids, après avoir procédé à la stabilisation de la structure. Adrien Escoffier ajoute : « Nous étions confrontés à deux contraintes majeures : intervenir en milieu occupé sans perturber le quotidien des résidents et concevoir une surélévation aussi légère que possible ».

Un contexte technique exigeant

Des fissures ont été constatées sur les murs de l’immeuble, conséquence d’un lessivage des sols ayant fragilisé les fondations. Cette problématique nécessitait une intervention à la fois curative pour traiter les désordres existants, et préventive afin d’assurer la stabilité future de l’ouvrage, notamment face aux charges supplémentaires liées à la surélévation. Initialement, une solution de reprise en sous-œuvre par longrines béton avait été envisagée. Toutefois, les contraintes d’accessibilité du site, le planning serré et les impératifs budgétaires ont conduit le cabinet APB Architecture à privilégier une solution alternative : l’injection de résines expansives dans le sol et les soubassements. Oussama Choukou, ingénieur chez Uretek, précise : « sur ce chantier, nous avons mis en œuvre deux de nos solutions pour traiter l’ensemble des interventions curatives et préventives. L’un de nos procédés consiste à régénérer les maçonneries (Walls Restoring : régénération et renforcement des maçonneries sur 211 mètres linéaires) et l’autre de renforcer la portance des sols pour supporter les nouvelles charges (Deep Injections : consolidation des sols sous fondations via injections de résines). Nous avons fait venir un camion-atelier de 18 tonnes sur le chantier, dérouler un tuyau jusqu’au point d’injection et nous avons injecté nos résines GEOPLUS sur 221 m linéaires jusqu’à 7 m de profondeur ». Ces solutions ne nécessitent pas de temps de séchage et les équipes ont pu travailler rapidement derrière.

4 types de contrôle

Sur ce type de chantier, il est impératif de réaliser en amont des études de sol géotechniques approfondies. Quatre types de contrôle ont été réalisés. Tout d’abord, un contrôle instantané lors des travaux d’injection par la mise en place de capteurs laser calibrés à 0,5 mm et permettant le contrôle du soulèvement de la superstructure. Viennent ensuite des essais pénétrométriques permettant la mesure des caractéristiques mécaniques du sol sont réalisés avant, pendant et après les injections. Puis des essais pressiométriques ont été réalisés par le bureau d’étude SOLFONDATION et ont permis de confirmer l’atteinte des objectifs prévus initialement. Sayef Toujani, ingénieur cofondateur du bureau d’études Solfondation explique : « nous avons déployé une équipe de 2 techniciens qualifiés pour la réalisation de 4 essais pressiométriques de 8 m de profondeur qui ont permis de valider la consolidation de la couche de remblais ». Et pour finir, le bâtiment a été mis sous la surveillance d’un géomètre durant toute la durée du chantier afin de vérifier l’absence de tassement des structures.

Un chantier maîtrisé en 34 jours en équipe
Malgré la complexité du site et le maintien des occupants, l’ensemble des travaux a été réalisé en seulement 34 jours avec des équipes qui ont collaboré entre elles. Avec une méthode traditionnelle, il aurait fallu quelques mois. Adrien Escoffier témoigne : « C’est la première fois que je réalisais un chantier avec cette solution. Elle est très intéressante, car moins intrusive pour les habitants qui restent chez eux et surtout beaucoup plus rapides, car il n’y a pas de démolition préalable du plancher bas, par exemple. De plus, il y a un intérêt financier avec cette solution, car elle revient moins chère avec les travaux qu’elle ne génère pas ». Ce chantier illustre parfaitement la capacité des techniques d’injection de résines à répondre aux enjeux complexes de la réhabilitation en milieu urbain occupé. Rapide à mettre en œuvre, peu intrusive et parfaitement adaptée aux contraintes de site, cette solution a permis de sécuriser durablement l’ouvrage tout en respectant les délais et les coûts du projet.








