CHALLENGER, ce mot détestable que je ne veux plus entendre.
Avis aux copropriétaires consommateurs, les entreprises ne sont ni des torchons ni des serviettes. Si vous rentrez en affaire, vous nouez une véritable relation, on parle de confiance, on parle de fidélité. On parle d’humain.
Ne regardez pas seulement le prix, mais la qualité, la réactivité, l’amabilité, la loyauté. Prenez le temps de jauger, d’évaluer, de peser le pour et le contre. Ne jetez pas avec légèreté.
Une entreprise, vous ne la congédiez pas comme ça d’un claquement de doigts pour la « challenger ». Ce mot est juste condescendant et exaspérant. Derrière cet anglicisme pseudo-moderne et prétentieux se cache la misère d’une mise en concurrence bête et méchante. N’en soyez pas le bourreau bête et méchant.
Si nous faisions pareil avec votre emploi ? Nous allons vous challenger et vous remplacer par le premier venu qui travaillera pour dix euros moins cher que vous. Qu’en dites-vous ? On va challenger votre salaire et vous appeler par un numéro, car, après tout, vous et moi, nous ne partageons aucune histoire, nous n’avons aucun lien, on ne se connaît pas ? Je vous ai utilisé un temps pour mon seul profit, et maintenant, je vous vire pour vous challenger. Où est le mal ?
Allons bon. Je ne me suis jamais intéressé à vous, votre entreprise m’est complètement égale, car moi, je ne pense qu’à ma personne, à mon seul intérêt. Je ne connais ni le nom de votre patron ni celui des ouvriers, je n’ai jamais prêté attention à leur dernier passage chez moi, ce ne sont que des ombres, des gens qui passent, ils sont payés pour ça, et moi, je paye très cher mes petites charges qui empiètent mon petit pouvoir d’achat.
Alors non, je ne vais pas « challenger » comme vous le dites avec suffisance et arrogance. Les entreprises que je mets à votre service, je les considère à leur juste valeur. Je leur parle, je les connais. Elles vous ont sorti d’innombrables pétrins, mais ça, vous l’oubliez, ou faites mine de l’ignorer.
Et si un jour ça tourne mal avec l’une d’elles, alors oui, on arrêtera, mais je l’avertirai maintes fois. Et lorsque la séparation sera inévitable, j’aurai la décence et la bienséance de lui dire en face, car ce sont des artisans, des entrepreneurs qui se sont sacrifiés pour leur boîte. On parle de maçons, de peintres et de plombiers qui ont donné leur temps et leur savoir-faire pour vous satisfaire. Ils se sont levés très tôt quand vous dormiez encore, ont parcouru des kilomètres quand vous vous leviez à peine. Ce travail de l’ombre et tous ces efforts, vous ne les verrez jamais. Ne leur donnez pas une note, ils n’en ont que faire. Donnez-leur juste un merci.
Et si finalement j’estime qu’elles méritent mieux, si finalement j’estime qu’elles méritent de rester, j’irai contre vos désidératas et je vous le dirai aussi. Vous pourrez alors challenger qui vous voulez, moi le premier.
Je suis syndic, je compare, je négocie, je parlemente, je regarde tout et je maîtrise les coûts, rassurez-vous, mais je ressens aussi les choses, les intuitions et les relations humaines. Je ne challenge pas. J’espère que vous l’aurez compris.
Ne me demandez pas non plus un benchmark, un call ou un feedback.



