Jamais un si petit objet n’aura suscité autant de de querelles. La première fois que j’en ai vu un, je me suis dit « Tiens, un nouvel antivol à vélos ultracompact ». En forme de cadenas, accrochés à la rambarde des escaliers, au garde-corps des parties communes, planqués derrière un pot de fleur, ils ont pointé le bout de leur nez sans se présenter.
Difficile de savoir à qui ces petits coffrets disséminés dans les parties communes appartenaient. Difficile mais pas impossible, car le voisinage en copropriété est bondé d’informateurs toujours prompts à vous glisser un nom. À vous ensuite, le bon syndic, de régler le problème fissa et sans bourse déliée pour la collectivité, sinon tu te fais engueuler de l’autre côté. Débrouille toi.
Mais que fait le syndic ?
Au début on fait un petit courrier au principal suspect, celui dont l’indic vous a soufflé le nom, sans être certain de la cible, le conditionnel est donc de mise, je connais mes conjugaisons par cœur : « Il semblerait hypothétiquement et selon toute vraisemblance que vous auriez peut-être et possiblement omis de ». Évidemment, pas de réponse, tels les gravats jetés dans le siphon, ces petites boîtes sauvages n’appartiennent à personne.
Bon, dans ce cas je vais les couper d’office, se dit le syndic : « – Allô Monsieur Sanchez, pouvez-vous me faire sauter ce cadenas à la pince Monseigneur ? – Mais, Monsieur Frémont, vous ne pouvez pas faire ça !? – Ben si regarde, je suis en train de le faire ». Âmes sensibles s’abstenir. Pas d’encombrants dans les parties communes.
Puis, les boites à clés se sont retrouvées vissées au mur, trônant ostensiblement sur le palier à côté de la porte, le copropriétaire décomplexé ne cachant plus son entreprise. Après tout, cela ressemble à une grosse sonnette, se dit-il. Sauf que, faire des trous dans le mur, c’est interdit, et que c’est pas une sonnette.
Mince, je ne peux plus couper à la disqueuse et me faire justice, faut tout arracher, et surtout maintenant je sais qui est le coupable. Allez hop ! Référé. « Allô Monsieur le juge, pouvez-vous ordonner la dépose sous astreinte de cette petite verrue disgracieuse incrustée dans ma cage d’escalier ? C’est pour la bonne cause Monsieur le juge ». Cour d’appel de DOUAI, arrêt du 30 mai 2024 n°22-05643 : « Modification de l’aspect extérieur des parties communes – article 25b – retrait immédiat du dispositif et obligation de réparer le mur ». Au jeu du chat et de la souris, le chat : 1, la souris : 0.
Attrappe moi si tu peux
Attrape-moi si tu peux. Les boîtes en ferraille, sur leurs petites pattes trapues, ont alors migré hors de l’immeuble, et emménagé dans la rue. Ce n’est plus l’affaire du syndic, mais celle du maire. Il est vrai que nos deux fonctions sont similaires, moi je gère dedans, toi tu gères dehors. Comme une moule agrippée à son rocher, voilà ressurgir ces satanés boîtes à clés, agglutinées aux bancs publics, perchées aux grilles des arbres et aux candélabres, comme les champignons poussent sur l’écorce des arbres. Le mobilier urbain était aussi lesté que les cadenas d’amour du Pont des Arts. Trop c’est trop, le maire a fini par sévir : petite étiquette d’avertissement façon mise en fourrière, enlèvement d’office par la force publique, les cadenas n’auront pas fait long feu dans l’espace public. Retour donc dans les immeubles.
Mais où les planquer cette fois-ci ? Et là, un petit malin eut une idée de génie : la boîte aux lettres. Et oui, la boîte dans la boîte. Fallait juste y penser. Le petit cachotier. L’astuce ? Une serrure factice ou un petit aimant pour fermer le portillon de la boîte aux lettres. Et hop, le tour est joué, et hop, re juge. Tribunal de Nice – 25 juin 2026 RG n° 24/02845 : « La boîte est aux lettres est privative – le syndicat des copropriétaires est débouté ». 1 partout, la balle au centre.



